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2015/03/12

DOCUMENTACIÓN | CUESTIÓN | DANIEL GUÉRIN, EN LA ENCRUCIJADA DE LAS LUCHAS

Daniel Guérin, à la croisée des luttes.
Max Leroy | Revue Ballast, 2015-03-12

https://www.revue-ballast.fr/daniel-guerin-a-la-croisee-des-luttes/ 

Poète, essayiste, théo­ri­cien révo­lu­tion­naire et his­to­rien, cap­tif en Allemagne en 1940, anti­co­lo­nia­liste de la pre­mière heure et par­ti­san du droit des femmes et des homo­sexuels, Guérin fut de toutes les luttes du XXe siècle. Le noyau dur de son œuvre ? Fusionner deux frères enne­mis : l’anarchisme et le mar­xisme. Portrait d’un pen­seur mécon­nu hors des cercles militants.

Le jeune Guérin s’affirma d’abord contre. Sa classe, son milieu, ses ori­gines, sa famille. Qui vécut dans les flancs de la bour­geoi­sie n’ignore rien des igno­mi­nies qu’elle char­rie. L’adolescent, cœur vif-argent et lec­teur de Lamartine – à qui il consa­cra sa thèse –, savait qu’il n’y aurait jamais rien à attendre des pos­sé­dants et des pri­vi­lé­giés. Il en vint, vit et n’en dou­ta plus : il lui fau­dra vaincre jusqu’à ses propres racines. Traître à ses gènes ; par­jure à sa lignée : l’héritier se pré­fé­ra citoyen. « Mes rap­ports avec ma mère sont pro­ba­ble­ment le point le plus déran­gé de mon psy­chisme. » Matrice amère. Ventre sec. Il eut donc les yeux plus gros que ce der­nier : embras­ser le monde entier, celui qui tourne si mal. On quitte tou­jours une famille pour en fon­der une autre, ailleurs, la sienne, où le sens sup­plante le sang, où les frères sont ceux que l’on élit du doux nom de « cama­rades ». Son clan ? Celui que son rang mépri­sait : les sans-grades, les oubliés, les réprou­vés, les colo­ni­sés et les maudits.

Pour un communisme libertaire


Guérin eut une intense vie de mili­tant : il fut tour à tour membre de la Gauche Révolutionnaire, du Parti socia­liste ouvrier et pay­san, de l’Organisation révo­lu­tion­naire anar­chiste et de l’Union des tra­vailleurs com­mu­nistes liber­taires. Il fut éga­le­ment syn­di­qué, son exis­tence durant, auprès de la CGT. Sa vie poli­tique, donc sa pen­sée, peut se résu­mer en trois temps forts : anti-sta­li­nien féroce, Guérin appar­tint d’abord à la gauche mar­xiste, proche du mou­ve­ment trots­kyste (il connut en per­sonne le fon­da­teur de l’Armée rouge, qui le char­gea de la rédac­tion d’une étude), avant d’opter pour l’anarchisme à la fin des années cin­quante, moins auto­ri­taire et plus à même à ses yeux de lut­ter contre la domi­na­tion éta­tique. Il s’orienta ensuite vers une syn­thèse entre les deux mou­ve­ments de pen­sée – posi­tion qu’il conser­va de la fin des années 1960 à sa mort, en 1988.

Il n’apprit pas la lutte dans les livres. Du moins, pas dans l’immédiat. La rue lui ensei­gna les rudi­ments de la révolte : les salles de boxe, les bou­tiques de vélos, les pavés de Ménilmontant, les bouis-bouis pro­los, les auberges et les routes, sacs de cam­ping sur le dos… Il par­ta­geait la vie de ceux qui n’avaient que leurs bras pour vivre et rame­ner le pain dont lui n’avait jamais man­qué. Il décou­vrait avec émer­veille­ment « leur ins­tinct de classe, leur robuste bon sens, leur mer­veilleuse facul­té d’adaptation au monde, leur ingé­nio­si­té com­bi­narde, leur gaie­té invin­cible en dépit d’une chienne de vie ». Tout ne fut pas tou­jours si rose : on l’accueillit par­fois la gueule aux aguets, avec ses mains lisses, trop lisses, ses mains oisives qui souffrent pour un rien… Il ne serait pas le pre­mier fils de bourge à cher­cher à s’encanailler, on les a vus, les gamins des Messieurs et des Madames, on les a vus se frot­ter au popu­lo puis s’en aller un beau jour, comme ils étaient venus, la bave aux lèvres et pas qu’un peu. Guérin crai­gnait tant que ses cama­rades eussent pu décou­vrir, au hasard d’un étal, l’existence de ses pre­miers romans… Certaines pages ne souf­fraient d’aucune ambi­guï­té quant à son atti­rance pour la gent mas­cu­line : il est des péchés, même de jeu­nesse, que l’on ne par­donne point.

Guérin lut Proudhon, Marx, Sorel, Pelloutier, Lénine et Trotsky sur les mers, dans les navires qui reliaient l’Indochine à la France des années 1930. L’auteur du Capital retint tout par­ti­cu­liè­re­ment son atten­tion. Il décou­vrit plus tard son grand rival, l’ogre russe, bar­bu aris­to­crate et défro­qué qui cou­rait l’Europe de bar­ri­cade en bar­ri­cade : Mikhaïl Bakounine. Un nom comme un coup de fouet. On peut sans peine par­ler d’une révé­la­tion. Guérin réa­li­sa au fil des six volumes com­po­sés par l’anarchiste que le socia­lisme n’avait fon­da­men­ta­le­ment pas voca­tion à emprun­ter les voies de l’autoritarisme. Le jaco­bi­nisme cen­tra­li­sa­teur, le Parti, le chef, la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat ? Impasses. Sacrilèges et culs-de-sac. Le bol­che­visme, qu’il admi­rait, devint pour lui l’un des sym­boles de ce que l’affranchissement ne devait être : tota­li­taire, répres­sif, des­po­tique et absolutiste.

Le tout-venant a trop long­temps, par igno­rance ou mau­vaise foi, assi­mi­lé l’anarchisme à la seule contes­ta­tion, à l’ivresse chao­tique, à la pure néga­ti­vi­té infan­tile et des­truc­trice. L’anarchisme n’est pas, écri­vit-il, « l’émiettement, mais la recherche de la véri­table orga­ni­sa­tion, de la véri­table uni­té, de l’ordre véri­table ». Guérin esti­mait que l’anarchisme avait pour lui son génie pro­phé­tique : il décri­vit bien avant la nais­sance de l’URSS, sur la base des ana­lyses mar­xistes, ce que serait un régime com­mu­niste : le pro­lé­ta­riat subi­rait la dic­ta­ture faute de pou­voir l’exercer (lire ou relire Étatisme et anar­chie de Bakounine). L’anarchisme dénon­ça les pré­ten­tions éli­tistes du léni­nisme – l’idée d’une avant-garde éclai­rée – tout comme il mit en garde contre la dan­ge­ro­si­té d’un État tout-puis­sant (Marx et Engels aspi­raient à son dépé­ris­se­ment, les anar­chistes à son anéan­tis­se­ment immé­diat). L’anarchisme, via Proudhon, a pro­mu l’association ouvrière et l’autogestion – autre­ment dit, la démo­cra­tie dans les lieux de tra­vail. L’anarchisme est fédé­ra­liste, il s’oppose à un pou­voir aus­si fort que cen­tral et fait l’éloge du syn­di­ca­lisme révo­lu­tion­naire. Enfin, l’anarchisme ren­voie dos à dos l’individualisme libé­ral et cer­taines formes, gré­gaires et mou­ton­nières, du com­mu­nisme – il fait l’éloge d’un indi­vi­du auto­nome mais socia­li­sé, affran­chi mais vivant au sein d’une com­mu­nau­té. Guérin pen­sa trou­ver dans cette tra­di­tion, plu­rielle et pro­téi­forme, tout ce qu’il fal­lait pour remettre la Révolution sur les rails. Son ouvrage L’anarchisme, paru en 1965, plai­da ain­si en faveur d’un anar­chisme construc­tif : les pépites noires allaient briller dans le ciel de sang des démo­cra­ties pré­ten­du­ment populaires…

Le temps se flatte d’emporter les pas­sions. Les années passent les cer­ti­tudes à la trappe. Guérin en vint à révi­ser sa posi­tion : le terme anar­chiste lui sem­bla trop réduc­teur. Honteuse pali­no­die ? Le mili­tant réa­li­sa seule­ment qu’il fal­lait net­toyer l’anarchisme de son lot « d’infantilisme, d’utopies, de roman­tismes, aus­si peu uti­li­sables que désuets ». Trop de liber­taires prennent leurs rêves pour une réa­li­té qu’ils ne connaissent que mal. Lyrisme et logor­rhée, chi­mères et caté­chisme, le dra­peau noir a des élans que la rai­son réprouve… Guérin prô­na dès lors, de texte en texte et durant deux décen­nies, une syn­thèse et un dépas­se­ment de l’anarchisme et du mar­xisme (un posi­tion­ne­ment théo­rique que l’his­to­rien anar­chiste Michel Ragon jugea comme une « idée per­ni­cieuse », dans son Dictionnaire de l’Anarchie). C’est ain­si, seule­ment, que l’on pour­rait bâtir une troi­sième voie : ni le réfor­misme social-démo­crate et ses pitre­ries par­le­men­taires, ni le com­mu­nisme de caserne et ses matraques pour tous. Son ouvrage À la recherche d’un com­mu­nisme liber­taire, paru en 1984, rap­pe­la qu’il ne s’agissait ni d’un dogme ni d’un abso­lu mais d’une réflexion sus­cep­tible de nour­rir les pro­chains sou­lè­ve­ments révo­lu­tion­naires. « En pre­nant un bain d’anarchisme, le mar­xisme d’aujourd’hui peut sor­tir net­toyé de ses pus­tules et régé­né­ré », notait celui qui refu­sait d’entériner l’ancestrale que­relle : l’anarchisme et le mar­xisme sont des frères, enne­mis, certes, mais des frères tout de même. Ils par­tagent le même sang, non­obs­tant celui qu’ils firent cou­ler en s’entredéchirant ici ou là — Révolution russe, guerre civile espa­gnole, etc.

En quoi consiste, à grands traits, cette syn­thèse ? Le com­mu­nisme liber­taire (appe­lé par­fois anar­cho-com­mu­nisme) refuse « la pagaille de l’inorganisation tout autant que le bou­let bureau­cra­tique ». Il pré­lève dans le cor­pus mar­xiste (consti­tué par les recherches de Karl Marx et d’Engels) tout ce qui s’avère com­pa­tible avec l’idéal liber­taire et rejette « le vieil anar­chisme démo­dé et fos­si­li­sé ». Il ne croit ni à la toute-puis­sance d’un par­ti ni à l’horizon indé­pas­sable des scru­tins à date fixe. Il n’entend pas s’asseoir à la table de la real­po­li­tik et assis­ter, béat, aux bal­lets diplo­ma­tiques des grandes puis­sances. Il accorde bien plus de cré­dit aux masses qu’aux élites pour régler les crises poli­tiques et s’édifie de bas en haut, par un sys­tème de coor­di­na­tion fédé­ra­liste. Il donne aux tra­vailleurs, via l’autogestion, la pos­si­bi­li­té d’administrer leur propre tra­vail, sans subir l’exploitation patro­nale (et n’abolit pas sur-le-champ la petite pro­prié­té agri­cole, pay­sanne et com­mer­ciale). Il prône, lorsqu’il s’agit d’élire des délé­gués, les man­dats courts, révo­cables et contrô­lables. Il limoge l’oligarchie qui régente les médias de masse, engage un autre rap­port à la nature et réduit la durée du tra­vail. Il entend par pro­lé­ta­riat qui­conque crée de la plus-value ou œuvre aux côtés des tra­vailleurs (intel­lec­tuels ou étu­diants). Il est inter­na­tio­na­liste mais ne compte pas mode­ler les pays dans le même moule uni­fi­ca­teur : chaque peuple dis­pose de ses spé­ci­fi­ci­tés cultu­relles – Guérin avait suf­fi­sam­ment voya­gé pour le savoir.

De l’Indochine aux Black Panthers


1927. Daniel Guérin décou­vrit la Syrie, alors sous man­dat fran­çais depuis sept ans. Le jeune homme avait 23 ans. « Je vis à l’œuvre les colo­nia­listes, mili­taires, civils, ecclé­sias­tiques, leur racisme, leur bru­ta­li­té, leur cynisme, leur fatui­té, leur sot­tise », écri­vit-il plus tard dans Ci-gît le colo­nia­lisme (1973). Il fit la connais­sance de natio­na­listes arabes puis se ren­dit en Indochine. Les auto­ri­tés hexa­go­nales occu­paient la région depuis la moi­tié du XIXe siècle et la métro­pole ran­çon­nait à sa guise les indi­gènes : l’exploitation n’en est plus une dès lors qu’on la farde à la Démocratie. Deux années plus tôt parais­sait Le Procès de la colo­ni­sa­tion fran­çaise, rédi­gé par celui que l’on ne nom­mait pas encore Hô Chi Minh mais Nguyên Ai Quôc – le patriote viet­na­mien y rap­pe­lait des véri­tés fâcheuses : « On voit que, sous le masque de la démo­cra­tie, l’impérialisme fran­çais a trans­plan­té dans le pays d’Annam, le régime mau­dit du Moyen Âge, et que le pay­san anna­mite est cru­ci­fié, par la baïon­nette de la Civilisation capi­ta­liste et par la croix de la Chrétienté pros­ti­tuée. »

Heureux hasard : Guérin arri­va le jour où le Parti natio­na­liste viet­na­mien (socia­liste et révo­lu­tion­naire) orga­ni­sa un sou­lè­ve­ment contre les troupes d’occupation impé­ria­listes : à Yên Bái, des rebelles his­sèrent l’étendard indé­pen­dan­tiste en haut d’une caserne d’infanterie, des sol­dats fran­çais furent tués, d’autres bles­sés ; à Hưng Hoá, un groupe de com­bat­tants ten­ta de s’emparer d’une caserne ; à Lâm Thao, les troupes colo­niales furent désar­mées et le dra­peau bat­tit au vent de la ville libé­rée. Un temps seule­ment. La résis­tance ne man­qua pas d’être écra­sée par l’armée fran­çaise, épau­lée de ses sup­plé­tifs viet­na­miens. L’aviation frap­pa et incen­dia près de soixante-dix habi­ta­tions civiles en guise de repré­sailles. On ne tran­sige pas avec les Droits de l’Homme. Louis Aragon ren­dit hom­mage aux insur­gés dans l’un de ses poèmes : « Yen-Bay / Quel est ce vocable qui rap­pelle qu’on ne bâillonne / pas un peuple qu’on ne le / mate pas avec le sabre courbe du bour­reau ». Quant à Guérin, il ne put sup­por­ter de voir les colons dans les rues, « sang­sues agrip­pées aux flancs de ce pays » qui ne leur appar­te­nait pas mais dont ils se croyaient pour­tant les maîtres. Il ren­con­tra le lea­der natio­na­liste Huyng Thuc Khang et n’oublia jamais cette entre­vue : tout Blanc qu’il fut, l’indépendantiste le trai­ta « comme un frère ».

Son Autobiographie de jeu­nesse témoigne de l’admiration qu’il por­ta à ces jeunes révo­lu­tion­naires asia­tiques « pro­di­gieu­se­ment intel­li­gents et raf­fi­nés ». Le choc fut tel qu’il déci­da, une fois ren­tré en terre natale, de se consa­crer entiè­re­ment à la lutte sociale. Plus de poé­sie, plus de romans, plus d’Art : seule­ment la poli­tique. Écrire, oui, mais à condi­tion que chaque mot ait voca­tion à chan­ger le monde. Planter sa plume dans les plaies. Dégoupiller les syl­labes pour les lan­cer sous les tables des assis et des gens­de­lettres. Creuser dans les nom­brils jusqu’à la terre rouge des dam­nés. Jeter l’encre, par­tout, dans les eaux pro­fondes de la Révolution. Pourquoi faire des livres s’ils ne servent qu’à briller, de salons en prix lit­té­raires ? Chaque page doit prendre le réel à la gorge. Il brû­la ses textes inédits, rom­pit avec son milieu et s’installa dans un quar­tier ouvrier de Paris. « Je reje­tai en bloc tout ce super­flu. » La jeu­nesse n’a pas le goût des com­pro­mis. Guérin entra dans le socia­lisme comme d’autres en reli­gion : foi vorace et zèle au ventre. « La véri­té et la jus­tice » étaient main­te­nant à ses côtés. Il trou­va un emploi dans le bâti­ment puis comme cor­rec­teur et col­la­bo­ra aux jour­naux La Révolution pro­lé­ta­rienne et Le Cri du peuple.

Il se lia au Mouvement natio­nal algé­rien, fon­dé par Messali Hadj, puis ren­con­tra Hô Chi Minh en 1946 afin de l’informer des manœuvres sour­noises de l’esta­blish­ment fran­çais, au len­de­main de la vic­toire contre le nazisme. Deux mois plus tard, le pré­sident viet­na­mien qu’il n’était pas encore écri­vait, dans son texte « Réponse à une mère fran­çaise » : « Les Français ont souf­fert de l’occupation pen­dant quatre années. Pendant quatre années, vous avez fait « la résis­tance et le maquis ». Les Vietnamiens ont souf­fert de l’occupation pen­dant plus de quatre-vingt années ; eux aus­si ont fait la résis­tance et le maquis. Pourquoi les résis­tants fran­çais sont-ils consi­dé­rés comme des héros ? Pourquoi les maqui­sards viet­na­miens sont-ils trai­tés en ban­dits et en assas­sins ? On pré­tend que les Français sont venus en Indochine comme civi­li­sa­teurs. Je veux bien ! Mais on ne civi­lise pas les gens avec des canons et des tanks ! […] Partisans de la fra­ter­ni­té uni­ver­selle, j’aime autant les jeunes fran­çais que les jeunes viet­na­miens. Pour moi, la vie d’un Français ou la vie d’un Vietnamien est éga­le­ment pré­cieuse. » (Hô Chi Minh, Textes 1914–1969, L’Harmattan, 1990).

Diên Biên Phu se révé­la être une vic­toire pour la France : son échec mili­taire fut un triomphe moral — celui de la liber­té, de l’égalité et de la fra­ter­ni­té. Les maqui­sards viet­na­miens redon­nèrent tout son sens à cette Marseillaise qu’ils avaient com­bat­tu : « Quoi ces cohortes étran­gères ! Feraient la loi dans nos foyers ! » Leur suc­cès encou­ra­gea et confor­ta les natio­na­listes algé­riens dans leur désir d’autonomie. Guérin fut l’un des signa­taires du Manifeste des 121, qui sou­te­nait le droit à l’insoumission des mili­taires fran­çais, puis il tra­vailla, un an après l’indépendance de l’Algérie, pour le pré­sident socia­liste Ahmed Ben Bella. Il publia en 1964 L’Algérie qui se cherche, dans lequel il fit part de son expé­rience sur le ter­rain et du « sou­tien cri­tique » qu’il appor­tait au régime. Il livra éga­le­ment l’analyse qu’il effec­tuait de l’autogestion mise en place dans le pays, étu­dia la réforme agraire, le poids de la bour­geoi­sie locale, la situa­tion des femmes ain­si que le rôle de l’armée. Il déce­la dans le nou­veau régime une ten­sion entre deux pôles : l’un auto­ri­taire et conser­va­teur, l’autre socia­liste et liber­taire. Un an plus tard, le pou­voir fut ren­ver­sé par un coup d’État mili­taire fomen­té par le colo­nel Houari Boumédiène. Le pré­sident déchu fut pla­cé en rési­dence sur­veillée jusqu’en 1980 et Daniel Guérin s’impliqua auprès du Comité de défense de Ben Bella.

Guérin vécut éga­le­ment deux ans aux États-Unis et, après l’ouvrage Où va le peuple amé­ri­cain ?, publia en 1973 De l’Oncle Tom aux Panthères, sous-titré Le drame des Noirs amé­ri­cains. Son étude, entre ana­lyse socio­lo­gique, docu­ment his­to­rique et texte mili­tant, appor­tait au lec­teur fran­çais les infor­ma­tions qui lui per­met­traient de sai­sir la nature des luttes afro-amé­ri­caines. Qui était réel­le­ment Malcolm X ? Pourquoi Martin Luther King fut-il assas­si­né ? Quels cou­rants s’affrontaient au sein de l’activisme noir ? Quelle était la place de l’islam ? Que signi­fiait Black Power ? Pourquoi tant de Noirs cre­vaient-ils au Vietnam ? Guérin conclut l’ouvrage en ana­ly­sant les forces et les fai­blesses du Black Panther Party, fon­dé en 1966. Louer leur com­bat tout en dépas­sant le mythe, tel était son objec­tif. Il tint ain­si à mettre en évi­dence « leur ful­gu­rante contri­bu­tion au mou­ve­ment de libé­ra­tion noire » et leur par­ti­ci­pa­tion, aux côtés des acti­vistes blancs, « aus­si cou­ra­geuse qu’active à la dénon­cia­tion de l’impérialisme amé­ri­cain ». Leurs failles ? Le carac­tère uto­pique de leur pro­gramme en dix points, l’existence du culte de la per­son­na­li­té (notam­ment de Huey P. Newton), la rigi­di­té et l’autoritarisme du Parti, sa concep­tion mes­sia­nique de l’avant-garde, son ambi­guï­té quant à l’usage des armes (lorsqu’elles étaient uti­li­sées, par une jeu­nesse mar­gi­na­li­sée, à des fins per­son­nelles) et la sur­re­pré­sen­ta­tion du lum­pen­pro­lé­ta­riat dans ses rangs (dont on sait le peu d’estime que Marx et Engels lui por­taient). Et Guérin de conclure : seule une défaite cui­sante au Vietnam ou une féroce crise éco­no­mique pour­raient être en mesure d’abattre le grand Moloch nord-amé­ri­cain… Une révo­lu­tion natio­nale (à la fois démo­cra­tique, liber­taire et enra­ci­née dans la culture amé­ri­caine) devra sus­ci­ter l’adhésion de toutes les com­mu­nau­tés afin d’écarter les forces libé­rales-capi­ta­listes et cryp­to-fas­cistes du pays – seul un tel mou­ve­ment pour­ra « mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme » tout en anéan­tis­sant le « racisme qui per­sé­cute les Afro-Américains ».

Homosexualité & socialisme

Longtemps, Guérin se sen­tit « comme cou­pé en deux » : le mili­tant révo­lu­tion­naire, d’une part, et l’homme qui, dans son inti­mi­té, entre­te­nait des rela­tions homo­sexuelles (tout en étant marié et père de famille). Dichotomie cruelle et dou­lou­reuse séces­sion. Garder sa langue et son secret dans sa poche. Faire comme si. Rire, sans doute, des calem­bours et des quo­li­bets des copains. Surjouer, pro­ba­ble­ment, la cama­ra­de­rie virile – bour­rades et coups d’épaule. Guérin confia par écrit les humi­lia­tions qu’il eut à endu­rer : « La mufle­rie des homo­phobes ne connaît pas de bornes. Elle est géné­ra­trice, oui, de révolte. » Il fal­lut Mai 68 pour qu’il osa enfin, soixante ans pas­sés, avouer aux autres qu’il n’était pas tout à fait comme eux – du moins, que son amour et ses dési­rs ne cor­res­pon­daient pas aux canons majo­ri­taires. L’avouer puis l’écrire. Quitte à faire le jeu de l’ennemi ; quitte à fra­gi­li­ser son camp.

Plus sin­gu­lier fut le lien qu’il éta­blit entre ses atti­rances pour le sexe mas­cu­lin et son enga­ge­ment poli­tique. Un lien par­fois mal com­pris, mal per­çu, y com­pris par ses frères d’armes. Il racon­ta à plu­sieurs reprises que sa sexua­li­té le condui­sit au socia­lisme puisqu’elle avait fait de lui « un affran­chi, un aso­cial, un révol­té ». Il décou­vrit l’oppression de l’ordre social, capi­ta­liste et bour­geois, par le rejet qu’il subis­sait au quo­ti­dien. Son désir pour les tra­vailleurs manuels lui per­mit éga­le­ment d’entrer en contact avec la classe labo­rieuse et de par­ta­ger leur vécu, leurs souf­frances, leurs espoirs et leur colère. Sa révolte n’avait pas l’odeur du papier ; elle était « sub­jec­tive, phy­sique, issue des sens et du cœur ». Guérin alla même jusqu’à se jus­ti­fier, dans ‘Homosexualité & révo­lu­tion’, de n’avoir jamais man­qué à ses devoirs révo­lu­tion­naires : ses fièvres et ses fureurs, d’une soi­rée ou d’un été, ne nui­sirent jamais à son militantisme.

Guérin esti­mait que l’homophobie ne pou­vait être com­bat­tue par des lois ou des réformes : seule une révo­lu­tion socia­liste et anti-auto­ri­taire (liber­taire, donc) serait en mesure d’y par­ve­nir. Il se leva contre ce qu’il nom­mait « la com­mer­cia­li­sa­tion de l’homosexualité » : une cer­taine fri­vo­li­té et la jouis­sance pour la jouis­sance, tota­le­ment décon­nec­tées, selon lui, de la lutte des classes. Il s’opposa à cette récu­pé­ra­tion mar­chande de la cause homo­sexuelle et dénon­ça, sans cil­ler, l’apolitisme d’un cou­rant qui n’avait d’émancipation que le nom : à quoi bon s’affranchir de cer­taines chaînes s’il faut ensuite glis­ser dans d’autres ? Guérin vili­pen­da les homo­sexuels issus des classes domi­nantes qui s’attiraient « la pro­tec­tion du pou­voir », s’opposa à la consti­tu­tion de « ghet­tos » com­mu­nau­taires et pour­fen­dit l’homosexualité à ses yeux mon­daine et contre-révo­lu­tion­naire. Son mot d’ordre ? Articuler. Ne pas hié­rar­chi­ser les causes mais les lier ensemble, de concert, en sachant qu’elles servent toutes le même objec­tif final : fou­droyer la classe domi­nante. Ni le radi­ca­lisme chic des beaux quar­tiers qui aban­donne la majo­ri­té à son triste sort ; ni l’orthodoxie du socia­lisme scien­ti­fique qui n’a d’yeux que pour l’économie et foule aux pieds les com­bats qu’elle juge périphériques.

Point n’est besoin d’attendre la Révolution, c’est-à-dire la démo­cra­tie admi­nis­trée par le peuple, pour com­men­cer à œuvrer : le com­bat contre l’oppression est affaire de chaque ins­tant. Il mili­ta un temps aux côtés du Front homo­sexuel d’action révo­lu­tion­naire, fon­dé en 1971, mais ne tar­da pas à le quit­ter : il esti­mait que leur acti­visme, volon­tiers pro­vo­ca­teur, spon­ta­néiste et fes­tif (rap­pe­lons le slo­gan des Gazolines : « Prolétaires de tous les pays, cares­sez-vous »), échouait à s’organiser et souf­frait d’un cruel manque de contacts avec les tra­vailleurs. « Le révo­lu­tion­naire pro­lé­ta­rien devrait donc se convaincre, ou être convain­cu, que l’émancipation de l’homosexuel, même s’il ne s’y voit pas direc­te­ment impli­qué, le concerne au même degré, entre autres, que celle de la femme et celle de l’homme de cou­leur. De son côté, l’homosexuel devrait sai­sir que sa libé­ra­tion ne sau­rait être totale et irré­ver­sible que si elle s’effectue dans le cadre de la révo­lu­tion sociale, en un mot que si l’espèce humaine par­vient, non seule­ment à libé­ra­li­ser les mœurs, mais, bien davan­tage, à chan­ger la vie. »

Guérin était lucide : il savait que le monde du tra­vail n’était pas, tant s’en faut, exempt de pré­ju­gés à l’endroit des homo­sexuels. Il admet­tait même que les milieux culti­vés, pro­gres­sistes bons teints ou libé­raux accom­mo­dants, tolé­raient mieux cette sexua­li­té (après tout, n’a‑t-elle pas enfan­té Rimbaud et Gide, Proust et Cocteau, Wilde et Satie ?) que les couches les plus modestes. Guérin a pu consta­ter, de ses yeux, le mépris que les ins­tances com­mu­nistes et trots­kystes affi­chaient à leur endroit. Il a éga­le­ment condam­né la répres­sion exer­cée par cer­tains pou­voirs sup­po­sé­ment socia­listes : à Cuba, sous Fidel Castro, les homo­sexuels furent durant quelques années enfer­més dans des ‘Unidades Militares de Ayuda a la Producción’ (cela signi­fiait-il que la lutte sociale s’avérait incom­pa­tible avec les droits des mino­ri­tés sexuelles ? En rien, répon­dait Guérin : ces régimes n’étaient pas socia­listes mais capi­ta­listes éta­tiques). Il tint tou­te­fois à pré­ci­ser que le tra­vailleur, pris iso­lé­ment, se com­por­tait fort dif­fé­rem­ment : il ne subis­sait plus le consen­sus ni la pres­sion du groupe. Les ouvriers, par­fois, se don­naient sans y pen­ser, pour le plai­sir et pour l’instant, sans honte ni nom­mer le désir qu’ils avaient res­sen­ti. « Seule une socié­té col­lec­ti­viste de carac­tère liber­taire peut, dans la fra­ter­ni­té retrou­vée, faire sa place aux homo­sexuels. »

Le mar­quis de Sade le répu­gnait. Il aimait mieux Charles Fourier, le phi­lo­sophe fran­çais, le socia­liste uto­pique en quête d’harmonie uni­ver­selle. Guérin aspi­rait à rompre avec le rigo­risme mor­ti­fère des révo­lu­tion­naires. Pourquoi rendre la lutte aus­tère et sèche comme du bois mort ? Pourquoi conce­voir l’activisme comme un sacri­fice ? Pourquoi com­battre le cœur empli d’aigreur ? Guérin oppo­sait la volup­té à la Vertu des grands chefs, qu’ils se nom­massent Lénine, Robespierre ou Proudhon… « Baiser, bai­ser beau­coup, serait-ce nuire à l’action révo­lu­tion­naire ou au contraire l’exalter ? » L’élan vital contre le fiel ; la grande san­té contre le res­sen­ti­ment ; Dionysos contre l’idéal ascé­tique : on ne peut chan­ger le monde qu’à condi­tion de l’aimer. Il écri­vit, en 1969, que la nature était fon­ciè­re­ment poly­sexuelle. Les domi­nants recourent à la bio­lo­gie pour jus­ti­fier leurs pri­vi­lèges : si la Femme est par essence ce que l’on attend d’elle, pour­quoi vou­loir la libé­rer ? Guérin refu­sait que l’on pût, en deux cases étanches, enfer­mer les sexes et les réduire à des défi­ni­tions de dic­tion­naire. L’homme serait éter­nel­le­ment voué à jouer les gros bras, va-t-en-guerre et sans pitié ? La femme devrait se satis­faire de son sta­tut de nymphe, sexy ou mutine, femme au foyer ou objet publi­ci­taire ? Guérin aspi­rait au « dépé­ris­se­ment de la détes­table divi­sion des sexes » telle que la socié­té bour­geoise l’institua en por­tant à « l’excès la dif­fé­ren­cia­tion entre le mas­cu­lin et le fémi­nin » et nour­ris­sait l’espoir d’une socié­té où « l’amour des deux sexes serait admis et recon­nu comme la forme la plus natu­relle, la plus cou­rante et la plus com­plète de l’amour ». Même si le terme genre (for­gé dans les années 1950 et uti­li­sé en France qua­rante ans plus tard) ne se trouve pas sous sa plume, on pour­rait sans doute ins­crire Guérin dans ce champ d’études que les anglo­phones appellent ‘gen­der stu­dies’.

Le citoyen sut rede­ve­nir un fils. « Je vou­drais t’exprimer ma pro­fonde recon­nais­sance pour tout ce que je te dois. […] Je t’ai fait souf­frir au cours de ma vie. Mais sans l’avoir jamais vou­lu. J’ai été vic­time de mon tem­pé­ra­ment trop violent, trop contra­dic­toire, de mon besoin extrême d’indépendance. Et là où je t’ai le plus vio­lem­ment heur­té, c’est par fidé­li­té à des convic­tions qui sont ma rai­son de vivre », écri­vit Daniel Guérin à son père, qu’il pres­sen­tait à l’article de la mort. « Tu as tou­ché mon cœur dans ses fibres les plus pro­fondes en me par­lant comme tu as fait. C’est une conso­la­tion pour moi. […] Mon cher fils que, comme ta grand-mère, j’ai ché­ri plus que mes autres enfants, mon pre­mier-né, la plus grande joie de ma vie, je te serre sur mon pauvre cœur qui t’a tant aimé », répon­dit son aîné. Quant à sa mère, rien n’y fit… Il cor­ri­gea l’un de ses manus­crits tan­dis qu’elle ago­ni­sait d’une embo­lie, à quelques mètres de lui.

Daniel Guérin dis­pa­rut quelques semaines avant la réélec­tion de François Mitterrand – pour qui, tout liber­taire qu’il fut, il avait voté sept ans aupa­ra­vant (sur la base des 110 pro­po­si­tions du Programme com­mun). La France entra dans la « rigueur » en 1983 et l’homme d’affaires Bernard Tapie au gou­ver­ne­ment en 1992. Chacun connaît la suite. Un écri­vain meurt sans jamais empor­ter ses pen­sées ; vingt-sept ans ont pas­sé et tant reste à faire. 


Daniel Guérin, en la encrucijada de las luchas.
Max Leroy / Traducido por Jorge Joya | Libértame, 2022-03-12

https://libertamen.wordpress.com/2022/03/12/daniel-guerin-en-la-encrucijada-de-las-luchas-2015-max-leroy/

Poeta, ensayista, teórico revolucionario e historiador, cautivo en Alemania en 1940, anticolonialista precoz y partidario de los derechos de las mujeres y los homosexuales, Guérin participó en todas las luchas del siglo XX. ¿El núcleo de su trabajo? La fusión de dos hermanos enemigos: el anarquismo y el marxismo. Retrato de un pensador desconocido fuera de los círculos militantes.

El joven Guérin se impuso primero en contra. Su clase, su entorno, sus orígenes, su familia. El que vivió en los flancos de la burguesía no sabe nada de la ignominia que conlleva. El adolescente, lector sagaz de Lamartine -a quien dedicó su tesis-, sabía que nunca habría que esperar nada de los poseedores y privilegiados. Llegó, vio y ya no dudó: tendría que superar incluso sus propias raíces. Traidor a sus genes; perjuró a su linaje: el heredero prefirió ser ciudadano. «La relación con mi madre es probablemente la parte más perturbada de mi psique». Matriz amarga. Vientre seco. Así que tenía ojos más grandes que estos últimos: abarcando todo el mundo, el que va tan mal. Siempre se abandona una familia para fundar otra, en otro lugar, la propia, donde el sentido prevalece sobre la sangre, donde los hermanos son los que uno elige con el dulce nombre de «camaradas». ¿Su clan? El que su rango despreciaba: el humilde, el olvidado, el réprobo, el colonizado y el maldito.

Por un comunismo libertario

Guérin tuvo una intensa vida de militante: fue a su vez miembro de la Gauche Révolutionnaire, del Parti socialiste ouvrier et paysan, de la Organisation révolutionnaire anarchiste y de la Union des travailleurs communistes libertaires. También fue sindicalista de la CGT durante toda su vida. Su vida política, y por tanto su pensamiento, puede resumirse en tres grandes etapas: feroz antiestalinista, Guérin perteneció primero a la izquierda marxista, cercana al movimiento trotskista (conoció personalmente al fundador del Ejército Rojo, que le encargó un estudio), antes de optar por el anarquismo a finales de los años 50, menos autoritario y, según él, más capaz de luchar contra la dominación del Estado. A continuación, se orientó hacia una síntesis entre ambos movimientos, posición que mantuvo desde finales de los años sesenta hasta su muerte en 1988.

No aprendió la lucha en los libros. Al menos no inmediatamente. La calle le enseñó los rudimentos de la revuelta: las salas de boxeo, las tiendas de bicicletas, los adoquines de Ménilmontant, las barriadas proletarias, los albergues y las carreteras, las bolsas de acampada a la espalda... Compartió la vida de los que sólo tenían sus brazos para vivir y traer el pan que nunca le había faltado. Descubrió con asombro «su instinto de clase, su robusto sentido común, su maravillosa capacidad de adaptación al mundo, su ingenio para combinar, su invencible alegría a pesar de la dureza de la vida». No siempre fue todo tan de color de rosa: a veces se le recibía con la boca abierta, con sus manos lisas, demasiado lisas, sus manos ociosas que no sufren por nada... No sería el primer hijo de un burgués que busca convertirse en un baboso, los hemos visto, a los hijos de los Caballeros y de las Damas, los hemos visto codearse con el populacho y luego irse un buen día, como habían venido, con la baba en los labios y no sólo un poco. Guérin tenía tanto miedo de que sus camaradas descubrieran, a golpe de talonario, la existencia de sus primeras novelas... Algunas páginas eran inequívocas en cuanto a su atracción por el sexo masculino: hay pecados, incluso de juventud, que no se pueden perdonar.

Guérin leyó a Proudhon, Marx, Sorel, Pelloutier, Lenin y Trotsky en los mares, en los barcos que unían Indochina con Francia en los años 30. El autor de El Capital le llamó especialmente la atención. Más tarde descubrió a su gran rival, el ogro ruso, el aristócrata barbudo y defenestrado que corría de barricada en barricada por Europa: Mijaíl Bakunin. Un nombre como un látigo. Se puede hablar fácilmente de una revelación. A lo largo de los seis volúmenes compuestos por el anarquista, Guérin se dio cuenta de que el socialismo no estaba destinado fundamentalmente a tomar el camino del autoritarismo. ¿Jacobinismo centralista, el Partido, el líder, la dictadura del proletariado? Callejones sin salida. Sacrilegios y callejones sin salida. El bolchevismo, al que admiraba, se convirtió para él en uno de los símbolos de lo que no debía ser la emancipación: totalitario, represivo, despótico y absolutista.

Durante demasiado tiempo, por ignorancia o mala fe, el público en general ha equiparado el anarquismo con la mera protesta, con la borrachera caótica, con la pura negatividad infantil y destructiva. El anarquismo no es, escribió, «el desmoronamiento, sino la búsqueda de la verdadera organización, la verdadera unidad, el verdadero orden». Guérin consideraba que el anarquismo tenía su genio profético: describió mucho antes del nacimiento de la URSS, basándose en los análisis marxistas, lo que sería un régimen comunista: el proletariado sufriría la dictadura por no poder ejercerla (leer o releer 'Etatisme et anarchie' de Bakunin). El anarquismo denunció las pretensiones elitistas del leninismo -la idea de una vanguardia ilustrada- al igual que advirtió del peligro de un Estado todopoderoso (Marx y Engels aspiraban a su desaparición, los anarquistas a su aniquilación inmediata). El anarquismo, a través de Proudhon, promovió la asociación de los trabajadores y la autogestión, es decir, la democracia en el trabajo. El anarquismo es federalista, se opone al poder fuerte y central y alaba el sindicalismo revolucionario. Por último, el anarquismo rechaza el individualismo liberal y ciertas formas gregarias y borreguiles de comunismo: alaba a un individuo autónomo pero socializado, liberado pero que vive dentro de una comunidad. Guérin creyó encontrar en esta tradición, plural y proteica, todo lo necesario para encarrilar la Revolución. Su libro 'L’anarchisme', publicado en 1965, abogaba por un anarquismo constructivo: las pepitas negras brillarían en el cielo sangriento de las llamadas democracias populares...

El tiempo se adorna a sí mismo para llevarse las pasiones. Los años pasan y las certezas se desvanecen. Guérin llegó a revisar su posición: el término anarquista le parecía demasiado reductor. ¿Una palinodia vergonzosa? El militante sólo se dio cuenta de que era necesario limpiar el anarquismo de su lote de «infantilismos, utopías, romanticismos, tan inútiles como obsoletos». Demasiados libertarios toman sus sueños por una realidad que conocen poco. Lirismo y logorrea, quimeras y catecismo, la bandera negra tiene impulsos que la razón reprueba... Guérin abogó desde entonces, de texto en texto y durante dos décadas, por una síntesis y una superación del anarquismo y del marxismo (posicionamiento teórico que el historiador anarquista Michel Ragon juzgó como «idea perniciosa», en su 'Dictionnaire de l’Anarchie'). Sólo así se podría construir una tercera vía: ni el reformismo socialdemócrata y sus payasadas parlamentarias, ni el comunismo de cuartel y sus porras para todos. Su libro 'À la recherche d’un communisme libertaire', publicado en 1984, recordaba que no era ni un dogma ni un absoluto, sino una reflexión susceptible de alimentar los próximos levantamientos revolucionarios. «Bañándose en el anarquismo, el marxismo de hoy puede salir limpio de sus pústulas y regenerado», señaló el hombre que se negó a ratificar la ancestral querella: anarquismo y marxismo son hermanos, enemigos, ciertamente, pero hermanos al fin y al cabo. Comparten la misma sangre, a pesar de la sangre que han derramado luchando entre sí aquí y allá: Revolución Rusa, Guerra Civil Española, etc.

¿En qué consiste esta síntesis, a grandes rasgos? El comunismo libertario (a veces llamado anarcocomunismo) rechaza «el desorden de la inorganización tanto como el ovillo burocrático». Toma del corpus marxista (constituido por las investigaciones de Karl Marx y Engels) todo lo que resulta compatible con el ideal libertario y rechaza «el viejo anarquismo caduco y fosilizado». No cree ni en la omnipotencia de un partido ni en el horizonte inexpugnable de las elecciones con fecha fija. No pretende sentarse a la mesa de la realpolitik y asistir, dichoso, a los ballets diplomáticos de las grandes potencias. Da mucho más crédito a las masas que a las élites para resolver las crisis políticas y se construye de abajo a arriba, mediante un sistema de coordinación federalista. Da a los trabajadores la posibilidad de administrar su propio trabajo mediante la autogestión, sin estar sometidos a la explotación patronal (y no suprime inmediatamente la pequeña propiedad agrícola, campesina y comercial). Aboga por mandatos cortos, revocables y controlables para la elección de los delegados. Desestima la oligarquía que gobierna los medios de comunicación, entabla una relación diferente con la naturaleza y reduce la jornada laboral. Entiende el proletariado como todo aquel que crea plusvalía o trabaja junto a los trabajadores (intelectuales o estudiantes). Era internacionalista, pero no pretendía moldear a los países en un mismo molde unificador: cada pueblo tenía sus propias especificidades culturales; Guérin había viajado lo suficiente para saberlo.

De Indochina a los Panteras Negras

1927. Daniel Guérin descubrió Siria, entonces bajo mandato francés durante siete años. El joven tenía 23 años. «Vi trabajar a los colonialistas, militares, civiles, eclesiásticos, su racismo, su brutalidad, su cinismo, su fatuidad, su estupidez», escribió más tarde en 'Ci-gît le colonialisme' (1973). Se reunió con los nacionalistas árabes y luego fue a Indochina. Las autoridades hexagonales habían ocupado la región desde mediados del siglo XIX y la metrópoli rescataba a los nativos a su antojo: la explotación deja de serlo cuando se enmarca en la Democracia. Dos años antes, se publicó 'Le Procès de la colonisation française' ('El juicio de la colonización francesa'), escrito por el hombre que aún no se llamaba Hô Chi Minh, sino Nguyên Ai Quôc, el patriota vietnamita recordó algunas verdades desafortunadas: «Vemos que, bajo la máscara de la democracia, el imperialismo francés ha trasplantado en el país de Annam, el régimen maldito de la Edad Media, y que el campesino annamita está crucificado, por la bayoneta de la Civilización capitalista y por la cruz del cristianismo prostituido.»

Una feliz coincidencia: Guérin llegó el día en que el Partido Nacionalista Vietnamita (socialista y revolucionario) organizó un levantamiento contra las tropas de ocupación imperialistas: En Yên Bái, los rebeldes izaron la bandera de la independencia en lo alto de un cuartel de infantería, murieron soldados franceses y otros resultaron heridos; en Hưng Hoá, un grupo de combatientes intentó tomar un cuartel; en Lâm Thao, las tropas coloniales fueron desarmadas y la bandera ondeó al viento de la ciudad liberada. Sólo por un tiempo. La resistencia fue aplastada por el ejército francés, apoyado por sus auxiliares vietnamitas. Las fuerzas aéreas atacaron e incendiaron casi setenta casas de civiles en represalia. Los derechos humanos no deben comprometerse. Louis Aragon rindió homenaje a los insurgentes en uno de sus poemas: «Yen-Bay / ¿Qué es esta palabra que nos recuerda que no amordazamos / a un pueblo que no se aparea / con el sable curvo del verdugo?». En cuanto a Guérin, no soportaba ver a los colonos en las calles, «sanguijuelas aferradas a los lados de este país» que no les pertenecía pero del que se creían dueños. Conoció al líder nacionalista Huyng Thuc Khang y nunca olvidó este encuentro: por muy blanco que fuera, el independentista le trató «como un hermano».

La Autobiografía de su juventud atestigua su admiración por estos jóvenes revolucionarios asiáticos, que eran «prodigiosamente inteligentes y refinados». El impacto fue tan grande que decidió dedicarse por completo a la lucha social una vez que regresó a su tierra natal. No más poesía, no más novelas, no más arte: sólo política. Escribir, sí, pero con la condición de que cada palabra tuviera que cambiar el mundo. Plantar la pluma en las heridas. Sacar sílabas para arrojarlas debajo de las mesas de los sentados y los alfabetizados. Para cavar en los ombligos hasta la tierra roja de los condenados. Arrojando tinta, por doquier, a las aguas profundas de la Revolución. ¿Para qué hacer libros si sólo sirven para brillar, desde los salones hasta los premios literarios? Cada página debe tomar la realidad por el cuello. Quema sus textos inéditos, rompe con su entorno y se instala en un barrio obrero de París. «Rechacé toda esta superfluidad. La juventud no tiene gusto por el compromiso. Guérin entró en el socialismo como otros en la religión: fe voraz y celo en el vientre. «La verdad y la justicia» estaban ahora a su lado. Encontró un trabajo en la construcción y luego como corrector de pruebas y colaboró con los periódicos 'La Révolution prolétarienne' y 'Le Cri du peuple'.

Se unió al Movimiento Nacional Argelino, fundado por Messali Hadj, y se reunió con Ho Chi Minh en 1946 para informarle de las maniobras turbias del establishment francés tras la victoria contra el nazismo. Dos meses después, el presidente vietnamita que aún no era escribió, en su texto «Respuesta a una madre francesa»: «Los franceses han sufrido la ocupación durante cuatro años. Durante cuatro años, hicisteis «resistencia y maquis». Los vietnamitas sufrieron la ocupación durante más de ochenta años; también hicieron resistencia y maquis. ¿Por qué se considera héroes a los combatientes de la resistencia francesa? ¿Por qué los maquisards vietnamitas son tratados como bandidos y asesinos? Se dice que los franceses llegaron a Indochina como civilizadores. No me importa. ¡Pero no se civiliza a la gente con armas y tanques! [...] Como partidario de la fraternidad universal, quiero a los jóvenes franceses tanto como a los jóvenes vietnamitas. Para mí, la vida de un francés o la de un vietnamita son igualmente preciosas.» (Hô Chi Minh, Textos 1914-1969, L’Harmattan, 1990).

Diên Biên Phu resultó ser una victoria para Francia: su fracaso militar fue un triunfo moral, el de la libertad, la igualdad y la fraternidad. Los maquisards vietnamitas dieron un nuevo significado a la Marsellesa que habían combatido: «¡Y qué pasa con estos cohones extranjeros! ¡Haría la ley en nuestros hogares! Su éxito animó y reforzó a los nacionalistas argelinos en su deseo de autonomía. Guérin fue uno de los firmantes del Manifiesto del 121, que apoyaba el derecho a la insubordinación de los militares franceses, y luego, un año después de la independencia de Argelia, trabajó para el presidente socialista Ahmed Ben Bella. En 1964, publicó 'L’Algérie qui se cherche', en el que compartía su experiencia en el terreno y su «apoyo crítico» al régimen. También analizó el sistema de autogestión del país, la reforma agraria, la influencia de la burguesía local, la situación de las mujeres y el papel del ejército. Encontró una tensión entre dos polos en el nuevo régimen: uno autoritario y conservador, el otro socialista y libertario. Un año después, el gobierno fue derrocado por un golpe militar instigado por el coronel Houari Boumédiène. El presidente depuesto fue puesto bajo arresto domiciliario hasta 1980 y Daniel Guérin se implicó en el Comité de Defensa de Ben Bella.

Guérin también vivió en Estados Unidos durante dos años y, tras el libro 'Où va le peuple américain?' publicado en 1973 'De l’Oncle Tom aux Panthères', subtitulado 'Le drame des Noirs américains'. Su estudio, que era en parte análisis sociológico, en parte documento histórico y en parte texto militante, proporcionaba al lector francés información que le permitiría comprender la naturaleza de las luchas afroamericanas. ¿Quién era realmente Malcolm X? ¿Por qué fue asesinado Martin Luther King? ¿Qué corrientes estaban en marcha dentro del activismo negro? ¿Cuál era el lugar del Islam? ¿Qué significó el Poder Negro? ¿Por qué murieron tantos negros en Vietnam? Guérin concluye el libro analizando los puntos fuertes y débiles del Partido de las Panteras Negras, fundado en 1966. Su objetivo era elogiar su lucha yendo más allá del mito. Se empeñó en destacar «su deslumbrante contribución al movimiento de liberación negro» y su participación, junto a activistas blancos, «tan valiente como activa en la denuncia del imperialismo estadounidense». ¿Sus defectos? El carácter utópico de su programa de diez puntos, la existencia del culto a la personalidad (sobre todo de Huey P. Newton), la rigidez y el autoritarismo del Partido, su concepción mesiánica de la vanguardia, su ambigüedad sobre el uso de las armas (cuando eran utilizadas por una juventud marginada con fines personales) y la sobrerrepresentación del lumpenproletariado en sus filas (por el que sabemos la poca estima que les tenían Marx y Engels). Y Guérin concluye: Sólo una aplastante derrota en Vietnam o una feroz crisis económica podrían derribar al gran Moloch norteamericano...qxr Una revolución nacional (a la vez democrática, libertaria y arraigada en la cultura americana) tendrá que ganar el apoyo de todas las comunidades para desalojar a las fuerzas liberal-capitalistas y cripto-fascistas del país – sólo un movimiento así podrá «poner fin a la explotación del hombre por el hombre» al tiempo que aniquila el «racismo que persigue a los afroamericanos».

Homosexualidad y socialismo

Durante mucho tiempo, Guérin se sintió «dividido en dos»: el militante revolucionario, por un lado, y el hombre que, en su vida privada, mantenía relaciones homosexuales (estando casado y siendo padre). Una cruel dicotomía y una dolorosa secesión. Guarda tu lengua y tu secreto en el bolsillo. Actuar como si. Riéndose, sin duda, de los juegos de palabras y las ocurrencias de los amigos. Probablemente exagerando la camaradería varonil – bofetadas y golpes de hombro. Guérin escribió sobre las humillaciones que tuvo que soportar: «La grosería de los homófobos no tiene límites. Es una fuente de revuelta.» Hubo que esperar a mayo del 68 para que, sesenta años después, se atreviera por fin a admitir ante los demás que no era del todo como ellos; al menos, que su amor y sus deseos no se correspondían con los cánones de la mayoría. Admitirlo y luego escribirlo. Incluso si eso significaba hacerle el juego al enemigo; incluso si significaba debilitar su campamento.

Más singular fue el vínculo que estableció entre su atracción por el sexo masculino y su compromiso político. Un vínculo que a veces era incomprendido y mal percibido, incluso por sus hermanos de armas. En varias ocasiones dijo que su sexualidad le llevó al socialismo porque le hacía ser «un liberto, un asocial, un rebelde». Descubrió la opresión del orden social, capitalista y burgués a través del rechazo que experimentaba a diario. Su afán por los trabajadores manuales también le puso en contacto con la clase obrera y le permitió compartir sus experiencias, sus sufrimientos, sus esperanzas y su ira. Su revuelta no tenía olor a papel; era «subjetiva, física, desde los sentidos y el corazón». Guérin llegó a justificar, en 'Homosexualité & révolution', que nunca había faltado a sus deberes revolucionarios: sus fiebres y furias, de una tarde o de un verano, nunca perjudicaron su militancia.

Guérin creía que la homofobia no podía combatirse con leyes o reformas: sólo una revolución socialista y antiautoritaria (libertaria, por tanto) podría conseguirlo. Se levantó contra lo que llamó «la comercialización de la homosexualidad»: una cierta frivolidad y el disfrute por el disfrute, totalmente desconectados, según él, de la lucha de clases. Se opuso a esta mercantilización de la causa homosexual y denunció, sin pestañear, el carácter apolítico de un movimiento que sólo era emancipación de nombre: ¿de qué sirve liberarse de ciertas cadenas si luego hay que introducirse en otras? Guérin vilipendió a los homosexuales de las clases dominantes que atraían «la protección del poder», se opuso a la constitución de «guetos» comunitarios y condenó la homosexualidad como mundana y contrarrevolucionaria. ¿Su consigna? Articulado. No para clasificar las causas, sino para vincularlas entre sí, sabiendo que todas sirven al mismo objetivo final: derribar a la clase dominante. No el radicalismo chic de la clase alta, que abandona a la mayoría a su triste destino; ni la ortodoxia del socialismo científico, que sólo tiene ojos para la economía y pisotea las luchas que considera periféricas.

No hay que esperar a que la Revolución, es decir, la democracia administrada por el pueblo, empiece a funcionar: la lucha contra la opresión es una cuestión de cada momento. Durante un tiempo fue miembro del Front homosexuel d’action révolutionnaire, fundado en 1971, pero pronto lo abandonó: consideraba que su activismo, voluntariamente provocador, espontáneo y festivo (recordemos el eslogan de los Gazolines: «Proletarios de todos los países, acariciaos»), no se organizaba y adolecía de una cruel falta de contacto con los trabajadores. «El revolucionario proletario debe, pues, convencerse, o estar convencido, de que la emancipación del homosexual, aunque no se vea directamente implicado en ella, le concierne en el mismo grado, entre otros, que la de la mujer y la del hombre de color. Por su parte, el homosexual debe comprender que su liberación sólo puede ser total e irreversible si se realiza en el marco de la revolución social, en una palabra, si el género humano logra no sólo liberalizar la moral, sino, mucho más, cambiar la vida.

Guérin fue lúcido: sabía que el mundo del trabajo no estaba libre de prejuicios contra los homosexuales. Incluso admitió que los círculos cultivados, progresistas de buen talante o liberales acomodaticios, eran más tolerantes con esta sexualidad (al fin y al cabo, ¿no dieron a luz a Rimbaud y Gide, a Proust y Cocteau, a Wilde y a Satie?) que los estratos más modestos. Guérin pudo comprobar el desprecio que las autoridades comunistas y trotskistas sentían por ellos. También condenó la represión ejercida por algunas potencias supuestamente socialistas: en Cuba, bajo el mandato de Fidel Castro, los homosexuales fueron encerrados durante algunos años en Unidades Militares de Ayuda a la Producción (¿significa esto que la lucha social es incompatible con los derechos de las minorías sexuales? En absoluto, respondió Guérin: estos regímenes no eran socialistas sino capitalistas de Estado). Sin embargo, insiste en señalar que el trabajador, tomado aisladamente, se comporta de forma muy diferente: ya no está sometido al consenso o a la presión del grupo. Los trabajadores a veces se entregaban sin pensarlo, por placer y por el momento, sin vergüenza ni nombrar el deseo que habían sentido. «Sólo una sociedad colectivista de carácter libertario puede, en la fraternidad redescubierta, dar cabida a los homosexuales.»

El Marqués de Sade le repugnaba. Prefería a Charles Fourier, el filósofo francés, el socialista utópico en busca de la armonía universal. Guérin aspiraba a romper con el rigorismo mortificante de los revolucionarios. ¿Por qué hacer la lucha austera y seca como la madera muerta? ¿Por qué concebir el activismo como un sacrificio? ¿Por qué luchar con un corazón lleno de amargura? Guérin opuso la voluptuosidad a la virtud de los grandes líderes, ya se llamaran Lenin, Robespierre o Proudhon... «Follar, follar mucho, ¿perjudicaría la acción revolucionaria o por el contrario la exaltaría?» El impulso vital frente a la hiel; la gran salud frente al resentimiento; Dionisio frente al ideal ascético: sólo se puede cambiar el mundo si se lo ama. Escribió en 1969 que la naturaleza es fundamentalmente polisexual. Los dominantes recurren a la biología para justificar sus privilegios: si la mujer es por esencia lo que se espera de ella, ¿por qué habría que liberarla? Guérin se niega a aceptar que los sexos puedan encerrarse en dos cajas estancas y reducirse a definiciones de diccionario. ¿Estarían los hombres eternamente condenados a jugar a la mano dura, belicosa y despiadada? ¿Deben las mujeres conformarse con su condición de ninfas, sexys o amotinadas, amas de casa u objetos publicitarios? Guérin aspiraba al «marchitamiento de la detestable división de los sexos» instituida por la sociedad burguesa al «diferenciar excesivamente lo masculino y lo femenino» y esperaba una sociedad en la que «el amor de ambos sexos fuera admitido y reconocido como la forma más natural, más común y más completa de amor». Aunque el término género (acuñado en la década de 1950 y utilizado en Francia cuarenta años después) no se encuentra en sus escritos, sin duda podríamos incluir a Guérin en el campo de estudios que los angloparlantes llaman 'gender studies'.

El ciudadano sabía cómo volver a ser hijo. «Me gustaría expresar mi profunda gratitud por todo lo que le debo. [Te hice sufrir durante mi vida. Pero nunca quise hacerlo. Fui víctima de mi temperamento demasiado violento y contradictorio, de mi extrema necesidad de independencia. Y donde te he herido más violentamente es en mi fidelidad a las convicciones que son mi razón de vivir», escribió Daniel Guérin a su padre, al que intuía a punto de morir. «Has tocado mi corazón en sus fibras más profundas al hablarme como lo hiciste. Es un consuelo para mí. [...] Mi querido hijo al que, como a tu abuela, he querido más que a mis otros hijos, mi primogénito, la mayor alegría de mi vida, te llevo cerca de mi pobre corazón que tanto te ha querido», respondió su hijo mayor. En cuanto a su madre, no se pudo hacer nada... Corrigió uno de sus manuscritos mientras ella se moría de una embolia, a pocos metros de él.

Daniel Guérin desapareció unas semanas antes de la reelección de François Mitterrand, a quien, libertario como era, había votado siete años antes (sobre la base de las 110 propuestas del Programa Común). Francia entró en la «austeridad» en 1983 y el empresario Bernard Tapie entró en el gobierno en 1992. Todo el mundo sabe lo que pasó después. Un escritor muere sin llevarse su pensamiento; han pasado veintisiete años y queda mucho por hacer.

2007/06/17

DOCUMENTACIÓN | TESTIMONIOS | PEPE GUTIÉRREZ: GERMÁN PEDRA, OSCAR WILDE Y EL MOVIMIENTO 'GAI'

Germán Pedra, Oscar Wilde y el movimiento “gai”.
Pepe Gutiérrez Álvarez | Kaos en la Red, 2007-06-17

https://archivo.kaosenlared.net/germ-n-pedra-oscar-wilde-y-el-movimiento-gai/ 

Conocí a Germán Pedra una mañana de domingo allá por la mitad de los años sesenta.

Hacía algunos años que éramos vecinos, y él ya me conocía. Vivía en los bajos del número 61 de la calle Simancas, y servidor en los del 58, una calle con una salida de bajada angosta y resbaladiza donde mi madre se partió la pierna, que coincidía con una ventana que iba ser la luz de un escenario muy particular. Una proximidad que no obviaba una diferencia de edad y de ámbito, él era un niño que estudiaba y yo un muchacho que trabajaba, y muchas horas, y desde luego, la vida en aquella Barcelona que no se parecía en nada a la del pueblo, donde todos se conocían. Con todo, aquella calle mantenía todavía un cierto aire de “corrala”, y los vecinos se trataban y se ayudaban en lo que podían.

Mi familia formaba parte del aluvión emigrante de la época, la suya era de las pocas catalanas (pobres por supuesto) que habitaban su propia lengua en un barrio que en unos pocos años había dejado de ser un espacio abierto con algunas viviendas aisladas y muchos huertos, para convertirse en uno con más habitantes por metro cuadrado del planeta.

Siempre bien peinado, vestido con primor, Germán era un punto y aparte entre los chavales de su edad, algo que lo distanció del ambiente mientras yo permanecí más o menos por el margen del medio o sea igual y distinto al mismo tiempo. En su mayoría eran niños de familias más o menos desestructuradas (aunque solamente fuera porque eran muchos y los padres trabajaban casi siempre), de difícil escolarización que se manifestaron pronto bastante hostiles a aquel chiquillo de trazos delicados, con sus gafitas de repelente niño Vicente de La Codorniz, un sabihondo en absoluto dado a los juegos de aquellos chicuelos que dedicaban la mayor parte de su tiempo a corretear y hacer travesuras.

Era ya mayor cuando todavía recibía algún que otro improperio con las obvias connotaciones machistas de los que no le aceptaban. Germán entonces respondía subrayando la diferencia: ¡Mira que son burros e impresentables¡…

Creo no equivocarme en señalar que este duro contraste tuvo una influencia en su extraña relación con el vecindario, sobre todo con aquel más próximo a su edad. En general, se puede afirmar que Germán no supo nunca lo que significaba ser niño en las calles y en los amplios solares, su comportamiento era más propio de aquellos chicos modelos que aparecían en las tarjetas de felicitación que regalaban los papas en los cumpleaños. Era un niño con risitos, que destacaba con sus rasgos finos, un aspecto exterior de buena familia, y para colmo, una silueta y una voz aflautada que para los más “burros” eran más propios de las niñas. Este distanciamiento ya se había forjado en sus primeros años cuando su padre, que había vuelto furtivamente del exilio, consideró que no era conveniente que Germán frecuentara los demás niños de la actual Plaça Guernica (y que antaño “gozaba” del nombre de Plaza del Caudillo), dado que parte del vecindario estaban formados por guardias civiles o municipales, y no era cuestión de tener problemas que podían comenzar por una ridícula pelea de chiquillos. De hecho, en el cambio de domicilio familiar también tuvo que ver la necesidad de un mayor anonimato si cabía, y Pedra era muy discreto en sus entradas y salidas.

Esta suma entre la distancia obligada y el estilo personal influyó en acentuar en Germán un cierta pose aristocrática que revistió un simbología presuntamente viscontiniana (Visconti siguió siendo un aristócrata cuando se hizo marxista) que con el tiempo no hizo más que desarrollar. Recuerdo que cuando yo me preparaba para abordar el bachillerato, él accedió a darnos clases a mi y algunos chicos más, y lo despectivo que llegaba a ser con las torpezas de estos, a los que trataba de zopencos a la primera. Actuaba como si no los perdonara, como si les devolviera bofetada por bofetada. Mostraba esta actitud de superioridad cultural y elegancia siempre que podía. Valga una muestra: Germán optaba siempre por pagar la “preferencia” en los cines, cuando, para mi estupor no podía ser porque facilitaba mejor la visión, tal como me aseguraba, ya que dichas preferencias cambiaba de lugar según que cine. De hecho existían para que un sector del público pudiera separarse del más llano, a veces compuesto por las familias de la zona barraquista que podía ocupar literalmente los cines mientras hablaban y gritaban al tiempo que devoraban las pipas o lo que les deparaba las fiambreras entre película y película.

Más tarde siguió mostrando esta pose cultista cuando tomaba parte en algún que otro debate público y creía identificar entre los animadores o entre los que intervenían, personas que de alguna manera reproducían las maneras torpes de los chiquillos del barrio. Recuerdo nítidamente cómo se tomó una exposición de pintura que se organizó en el Centro Social de la Florida y en la que el “pintor” era un muchacho hijo de antiguos militantes comunistas, con los que por entonces teníamos conflictos de ideas, yo en primer grado, él en segundo o quizás tercero. El muchacho quería ser pintor, pero estaba todavía muy lejos de saber siquiera aproximarse a un dominio de las formas más elementales, aquellas que habíamos admirado en alguna que otra exposición, como una extraordinaria de Zurbarán. Evidentemente, la exposición resultaba tan petulante que aquellos cuadros parecían una burla de los modelos clásicos que el pintor amateur trataba de copiar. Ni que decir tiene que sentimos la irresistible tentación de “tomarle el pelo” al “camarada”. Sin embargo, mientras que a mí me resultaba imposible no mantener una parcela de reconocimiento e incluso otorgarle un cierto dominio de los colores, Germán siguió siendo inclemente, y no pudo abandonar un enfoque sardónico que, por supuesto, no pasó inadvertido entre gente modesta y bienintencionada que mascullaba: “Pero este niño, ¿qué se ha creído?.

Entre otros muchos ejemplos me viene a la memoria una torpe presentación de la película Cromwell para hablar de la revolución democrática, efectuada por un joven comunista del barrio de La Florida que se había aprendido cuatro cosas sobre la revolución inglesa, pero que no sabía absolutamente nada sobre los conflictos entre los Tudor y los Estuardo, y no digamos de la guerra de las Rosas… El joven –un muchacho comunista madrileño que estaba como “refugiado” en el barrio, que luego fue un buen amigo y se aproximó a nuestra posiciones más abiertas-, contestó de la mejor manera que supo. A él no se le podían pedir más conocimientos, y reconoció que había tenido que realizar un gran esfuerzo para hacer una presentación que no le correspondía. En estos caso, a Germán no le dolían prensa para pedir disculpa, o incluso de ofrecer una documentación mayor para que estas cosas se hicieran lo mejor posible. Lo que no quitaba que su intervención (la propia de un “profe” que le pregunta al alumno como podía ser tan burro), provocara la reacción de los que sabían todavía menos que el ponente.

Ni que decir tiene que a mi también me tocó en más de una ocasión recibir su estocada, en particular en temas como la sexualidad en la que tanto tenía que aprender, sobre todo en la práctica. En el caso recuerdo una discusión en el tiempo que siguió la muerte del gran dictador. Entre mis primeras lecturas sobre la cuestión me llamó la atención unas líneas en la que se podía entender que los hombres sufrían una crisis periódica que, de alguna manera, podía ser comparable con la menstruación femenina, un tema sobre el que lo ignoraba prácticamente todo al igual que mis hermanas, que se enteraron cuando les llegó, o sea antes que yo. Lo dije sin mucha convicción en medio de una charla sobre feminismo ante un público de mujeres con voluntad de radicalización. Germán aprovechó el momento para dejarme en ridículo. No solamente trató de poner en evidencia que no sabía de lo que estaba hablando, sino también dejó caer que menda –al contrario que él que ya tenía muy clara su identidad sexual-, era un puritano reprimido de cuidado. Está claro que no le faltaba razón.

Entonces, su vida sentimental ya era bastante agitada, y la mía no había sobrepasado el estadio de los prolegómenos.

No deja de ser curioso que fuesen sus padres los que “me descubrieran”.

En aquel entonces yo me estaba apartando de mis amigotes de los primeros tiempos. Esto no pensaban en otra cosa que en “pasárselo bien”, y eso significaba fútbol, baile y chicas, esto último de una forma bastante irrisoria. Yo ya había dejado la pasión estéril por el fútbol para centrarme en el cine. Lo de las salas de baile era un tormento dada mi timidez casi enfermiza y la convicción de que nunca aprendería a moverme con una chica al lado. En cuanto a estas, aparte de que no confiaba en absoluto en poder acceder a la dama de mis sueños, me parecía ridículo el juego de los piropos tontuelos aprendidos de mis amigotes, y humillante las respuestas de algunas de ellas, sobre todo cuando pasaban en grupos. Una de las manifestaciones de este distanciamiento pasó afortunadamente por no querer fumar, algo que si harían todos los demás ya que necesitaban dar la imagen de “hombre” tal como se expresaba entonces, sobre todo en el cine. Mis amigos eran chicos emigrantes como yo, obreros en su mayoría de la construcción, algunos de mi propio pueblo y otros de pueblos semejantes.

Después de ser uno más durante unos años, me fui creando una nueva silueta, la de un chico serio y aplicado, vestido con cierta elegancia por mamá, y desde 1963 con unas gafas que eran muy propios de alguien que ocupaba su tiempo leyendo libros por todos los rincones posibles. Esto no lo hacía por ninguna pose particular de lector, sino porque en nuestro piso vivíamos hasta tres familias (exactamente tres hermanos, con sus respectivas esposas más los niños y la abuelita) con algún que otro añadido circunstancial, y obviamente carecía de un espacio donde poder concentrarme. No deja de resultar curioso que esta actitud mía de apartarme del grupo, de no buscar chica y de leer tanto, fuese tildada por algunos de mis amigotes, como propia de un seminarista o lo que era peor, de un “sarasa”.

Como esto de la lectura pues resultaba tan poco habitual, Lola y Francecs no dejaron de percatarse de que yo siempre llevaba un libro conmigo fuese a donde fuese, y pensaron que podía convertirme en un posible amigo del Germán, quizás el único posible en aquel páramo en el que los jóvenes ya tenían el camino marcado: trabajar, aprender en lo posible un oficio, reunir dinero para encontrar pareja, casarse, tener hijo, y no complicarse la vida.

Está claro pues que nuestro primer encuentro no fue fruto de la casualidad, ni mucho menos. Ocurrió en la bodega en la que Germán compraba el vino para su padre, y en el curso de un programa de cine que daban en la TVE que comenzaba con la música de Jacques Tati, y en el que hablaba con un tono muy profesoral un crítico gafudo llamado si no recuerdo mal Joan Munsó Cabús. En casa todavía tardaríamos años en tener TV, y esta era la única que yo tenía a la mano y la aprovechaba para ver algunas series de difusión cultural como una biografía de Francisco Quevedo al que interpretaba Carlos Lemos, y cuyo guionista era Carlos Muñiz, al que yo ya conocía gracias a la revista ‘Primer Acto’, llevada por el mismo equipo de la revista ‘Nuestro Cine’, y ambas vehículos de una izquierda intelectual en el área próxima del PCE. Me ponía de pie delante del aparato haciendo caso omiso del fragor de los tertulianos, y nadie me decía nada, supongo porque también era cliente, sobre todo del futbolín que se ponía al rojo vivo los domingos por la mañana.

Aquella noche el programa versaba sobre Ingmar Bergman que había sido estrenado entre nosotros como un cristiano ferviente quizás un poco complejo, un empaquetamiento que se efectuó mediante una deformación de los diálogos de algunas de sus películas que como ‘El manantial de la doncella’ o ‘El séptimo sello’, se habían estrenado aquí e incluso habían llegado a los cines de barrio en los que, por cierto, no se pasaban únicamente películas como las del tristemente célebre programa actual de TVE, también nos llegaba buena parte del mejor cine norteamericano y europeo. Por entonces yo había leído algún que otro artículo sobre Bergman en ‘Nuestro Cine’, y por lo tanto estaba sobre aviso de las deformaciones de la censura, y por ahí transcurrió una primera conversación después de que con sus o­nce años, Germán me preguntara si me interesaban las películas de Bergman.

Si no fue al día lo sería el siguiente, el caso es que comenzamos a coincidir en el trayecto del Bus que nos dejaba en el metro de Santa Eulalia, y durante el trayecto empezamos a hablar de cine y de otras cosas, siempre desde un sentido crítico básico, o sea desde el reconocimiento de que el régimen estaba interesado en mantener al pueblo en el miedo y la ignorancia. Al llegar el primer domingo, Germán me vino a buscar con una revista llamada ‘El Correo de la UNESCO’ en las manos. Hasta aquel momento yo me había limitado a ver cine, a aproximarme al cine más crítico, y a leer como dios me dio a entender mis primeros libros, normalmente obras editadas en la colección Pulga, y de autores conocidos como Walter Scott, Julio Verne, etc. El Correo era otra cosa, hablaba de la arqueología y la presa de Asuán, de Antón Makarenko y de su ‘Poema Pedagógico’, un trabajo que pasaría de mano en mano por mucho tiempo, de la historia del superviviente de una tribu india que se daba por exterminada, y que había sido adoptado por una universidad norteamericana donde se había convertido en un estudiante verdaderamente privilegiado, un detalle que, ni que decir tiene, me causó un impacto considerable. Era lo que a mi me hubiera gustado ser.

Tampoco había tenido ocasión a lo largo de mi vida de conocer a alguien con la capacidad que mostraba Germán que muchas veces no parecía un niño, aunque otras sí, otras parecía un niño malcriado, un hijo único que además había llegado al mundo después de que sus padres hubieran perdido otro que tuvo desde el primer momento problemas serios de salud, y que según contaba Lola en las pocas ocasiones que recuerdo haberle escuchado hablar de él, era patizambo, y después de un regreso tan dramático. No había duda de que Germán estaba destinado a gozar de toda la cultura que sus padres habrían querido tener, y que tanto deseaban para todo el mundo. No pasaron muchos días para que me hablaran de la escuela Montesori, y para que me contaran lo que este nombre significaba. Germán me contó que recibía clases de la señorita Llibert, que en catalán quería decir Libertad. El que le había puesto su padre, un antiguo compañero…

La casa de la familia Pedra era algo parecido a un cuchitril. Para acceder a ella desde la propia Calle Simancas había que bajar unos escalones de tierra que cuando llovía eran un peligro como pudo comprobar mi buena madre que un día resbaló y se rompió una pierna, con lo que ella era para la casa que no dejaba hacer nada a nadie. Desde abajo aparecía como al final de un callejón, en suma, era un lugar de paso, y desde fuera se podía averiguar si sus dueños estaban o no en casa. Su carácter de pasaje obligatorio se mostró una dificultad considerando que en aquel cuchitril no solamente se hablaba de “política”, o sea de temas subversivos., sino que además sus moradores tenían la voz y el genio fuerte de manera que lo que decían se podía escuchar sin dificultades al pasar. Y no digamos cuando al Cisco le daba por cantar ‘A las barricadas’ después de haber cumplido con uno de sus mayores placeres: comer bien y abundantemente, charlar por los codos, beber sin reparos vino del porrón, y recordar los años jóvenes, cuando estas canciones se cantaban a pleno pulmón en las empresas y en las calles.

Tiempos en los que la lucha por la felicidad pasaba por la camaradería y por soñar.

Al llegar a su casa se podía llamar por el timbre o bien por un golpe por la ventana, también se podían hacer señales si ellos te veían. El calor del recibimiento contrastaba con la exigüidad de los espacios. Al abrirse la puerta se pasaba directamente a un comedor donde apenas si cabían cuatro personas sentadas. Al comedor daban otras dos puertas, una que nos llevaba a la habitación del matrimonio, otra daba paso a una pequeña cocina desde la cual se entraba a la pequeña habitación del Germán en la que cabían una pequeña cama, una silla con una mesita y aquellas estanterías de buena madera en la que recuerdo las ediciones recientes de Aguilar de las Obras Completas de Oscar Wilde, García Lorca, y creo también que de William Shakespeare, amén de otros autores, no demasiados porque no había lugar para mucho más. De la cocina se pasaba a un rincón donde estaba el WC, la máquina de cocer, y que daba a través de una ventana a otro rincón del vecino con el que mantenían mejor relación. En la misma casa vivía el Pedro, un niño procedente de Extremadura que pasaba por ser el tonto buenazo de la calle, y al que sus padres cuidarían con esmero. Lola y Francecs valoraban intensamente el esfuerzo de estar personas y su buen talante trabajador y afable.

(Paseando por Can Serra me encontré con el Pedro más de treinta años después. Hacía tiempo que habían muerto sus padres, y ahora lo cuidaba su hermana, y decía esto con un sentimiento que resultó sobrecogedor para mi compañera que es muy perceptible en estas cosas. Se acordaba perfectamente de mí, y me ofreció numerosos detalles de entonces, en particular sobre la familia Pedra que, en medio de una tendencia general hacia la burla, lo trataron siempre con un exquisito respeto).

Quizás esto era lo primero que te llegaba cuando te convertías en un asiduo, y yo lo llegué a ser durante mucho tiempo de día sí y día también. Nada más entrar me llegó una declaración afectuosa. Hacía mucho tiempo que hablaban de mí, de aquel muchacho serio que iba y volvía del trabajo con un libro debajo del brazo junto con el hatillo con la fiambrera, y se empeñaba por tener cultura en unos tiempos como aquellos en los que los trabajadores carecían de los derechos más elementales, y que no querían ver más allá de sus narices. Pedra era catalán de toda la vida como lo eran sus padres, y Lola como formaba parte de una familia murciana que ya había tenido que emigrar en los años veinte porque el trabajo en la mina del padre no daba para todos. Él se sentía catalán, y que nadie dijera nada de Cataluña, sin embargo no admitía la menor señal de menosprecio de la gente que habíamos tenido que emigrar. Después de esta primera presentación venía otra que hablaba de la importancia del trabajo, temas sobre los que Germán guardaba un prudente silencio siempre que no se extendieran.

Creo que la amistad conmigo le sirvió a Germán para dar unos cuantos pasos apartados de sus padres. Cierto era que estos le permitían una cierta libertad, y que confiaban en él, pero con las limitaciones propias de su edad, también que tenía “amistades”, pero ninguna era de aquellas serias, de tal manera que, por ejemplo, pasaba los domingos por la tarde en casa. Desde que nos conocimos fuimos a la par a toda clase de lugares, por supuesto a los cines de barrio, ahora optando por tal o cual programa después de una larga conversación sobre su interés. También nos hicimos adeptos a los cine-clubs sobre los que Germán poseía una información de la que yo carecía. A veces se trataba de sesiones del sábado o domingo tarde, lo que no representaba ningún problema. Se trataba de coger el Bus y luego el metro, y volver en hora normales. Pero otras veces los pases se ofrecían a las diez de la noche o un poco más tarde, y entonces el problema estaba, primero porque al día siguiente había que trabajar, y luego en volver, sobre todo considerando que mi economía no daba para coger un taxi, es más, ni tan siquiera me lo planteaba. A Germán lo del taxi le parecía elemental, todo un símbolo, y fue con él con quien volví por primera y muchas veces más en un medio de locomoción que costaba cinco veces más que la entrada del cine.

Durante un tiempo nos hicimos adictos a un cine-club universitario que tenía la sala en la Ronda San Antoni, no muy lejos del Mercat donde los domingos por la mañana se establecían los Encantes de los libros donde el Pedra era sumamente conocido entre los libreros que le tenían al tanto de lo que guardaban por los recovecos. Por aquella época Pedra me llevó a la librería de los Porter. En la Puerta del Ángel, a la presentación de un libro llamados ‘Els altres catalans’, de un tal Paco Candel, y cuando el autor iba a hablar, llegaron unos señores que dijeron que aquello se había acabado. Nos fuimos antes de que nos preguntaran que hacíamos allí.

Colocados en algún lugar entre el PSUC y nosotros, los maoístas —en particular el entonces importante PTE, pero también su ala argelina del PCE (internacional), que no dudó en expulsar a uno de sus militantes por liarse con una chica libertaria—, solían convertirse en los partidarios de la mano dura de la Junta. Fueron los más coléricos adversarios de un mural que compuse mediante un extenso collâge de recortes de prensa. Leído a primera vista, era una denuncia del orden existente sobre la base a informaciones, chistes, etcétera. Pero no era necesario ser un águila para vislumbrar que, en su parte final, mezclaba a Stalin como parte del Mal, poniéndolo al lado de Hitler, Pinochet, Nixon y otros. Aquello era ensuciar al jefe del frente antifascista, al continuador de Lenin, etcétera. También asumieron el papel de fiscal en un ejercicio que acabó con la expulsión de uno de los jóvenes más activos de la Liga Comunista, Xavi. Su culpa fue haberse dejado, negligentemente, un paquete de propaganda en secretaría. Entonces no pude intervenir, pero guardé mi cólera por un tiempo, hasta que en una Junta extraordinaria le dio la vuelta a la historia. De acuerdo; mi amigo había sido bastante irresponsable, pero lo eran más los que publicitaron su descuido y no tuvieron empacho en jugar con su nombre. Además, por cosas de éstas se podría expulsar a mucha gente. El momento de mayor crispación vino envuelto en una acusación de homosexualidad. Al volver de uno de aquellos congresos interminables, me enteré que la Junta acababa de aprobar, a instancias de los del partido y de los maos, la expulsión de Germán, que ya había adoptado abiertamente una opción sexual heterodoxa, y de René, una loca que mariposeaba alrededor de uno de los jóvenes. Los dos eran respetados con las mismas armas de la ironía que les eran congénitas.

Tampoco causaban ningún pavor en los padres. A mí me llamaba la atención la distensión con que trataban la marcha de sus hijos, claro que los tiempos eran otros, pero algunos tenían también sus muertos en la familia. Sí preocupó a la mayoría de la Junta, que optó, lisa y llanamente, por una expulsión a la manera soviética. De paso, suponían que se debilitaría la base de apoyo disidente. No fue así. La medida radicalizó al grupo, que no se mostró dispuesto a transigir. Entonces, se barajaron diversas respuestas hasta que se pensó en aprovechar algo en lo que ya se estaba trabajando: el teatro. Germán tenía ya experiencia en diversos montajes. Por su parte, René volaba, literalmente, recitando. Durante una reunión agitadísima en la que René se tronchaba diciendo con su tono de una Virtudes desmadrada -«¡Dios mío! ¡Dicen que yo soy trotskistaaa! ¿Qué es esooo?»-, se me ocurrió la idea de hacer un montaje escénico entorno al poema de Oscar Wilde ‘La balada de la cárcel de Reading’. En pocos días, lo teníamos a punto en el pequeño escenario de la Asociación de Amigos de la Música (AAM), que gerentaba Joan Francesc Marcos.

La representación no se hizo esperar en una sala en la que no cabía un alfiler. Teníamos hasta a la prensa —TeleExpress y Mundo Diario— presentes. Como parte de la obra, me correspondió declamar un prólogo muy trabajado. Su base argumental provenía del libro ‘La revolución sexual después de Reich y Kingsley’, una obra densa de Daniel Guérin, un erudito marxista francés que, a finales de los años treinta, había sido el lugarteniente de Marceau Pivert en el Partido Socialista Obrero y Campesino francés, aliado del POUM. En el presente, era una de las plumas más reputada de la izquierda radical francesa y autor, entre otras cosas, de una célebre antología sobre el anarquismo, así como de un análisis sobre el fascismo y el gran capital. Homosexual y librepensador, Guerin sintetizaba buena parte de los criterios de las ideas de revolución sexual que comenzaban a extenderse entre las nuevas generaciones. También cité ampliamente un texto de Wilde sobre ‘El alma del individuo bajo el socialismo’, el mismo que Tusquets acababa de poner en la calle en una edición muy asequible y que Germán tenía desde los años sesenta en las ‘Obras Completas’ editadas por Aguilar. Luego, René recitó el hermoso descargo de Oscar Wilde como si no hubiera hecho otra cosa en su vida. Además de hermoso, el texto denunciaba la intolerancia victoriana.

El epílogo llegó con el debate calentado por los aplausos. Con la ayuda de Guerin traté de imitar lo que G. B. Shaw atribuía al Trotsky polemista, decapitar para demostrar que en la cabeza no había nada. Aquello de cortar la cabeza de los adversarios, no para quitarles la vida, sino para demostrar que estaban vacías. Me lo permitieron algunos jóvenes maoístas presentes, que aseguraron que en China ya tenían solucionada esta «desviación» con los campos de trabajo y de reeducación. El joven maoísta más conocido aludió a «una unidad de destino —trotskistas y homosexuales— en lo universal» para tener que callar sepultados por una información sobre la que lo ignoraban todo. Como la mayoría de los presentes. Como servidor, poco tiempo atrás. La guinda la puso la prensa. Los diarios se deshicieron en elogios.

Meses después, los jóvenes comunistas del PSUC liderados por la infatigable y eficaz Isabel que los protegía de nuestra influencia como si fuesen polluelos, organizaron, con cierto tono de desagravio, un seminario sobre sexualidad que causó bastante expectación. No encontraron mejor recurso que los médicos y sexólogos (una palabra que la mayoría ignorábamos su existencia) componentes del Instituto Lambda, animado por homosexuales militantes afines al PSUC en su mayoría, pero obviamente radicalizados en este punto. Por aquel entonces, el PSUC ya tenía una posición muy diferente a la de, por ejemplo, el partido comunista argentino que había expulsado de sus filas al gran Héctor Anabitarte, amigo en los años ochenta por partida doble, como compañero del Diario e Barcelona, y afín al Germán, y motivo feliz de diversas cenas que se prologaban en mi piso de pareja gozosa en la cale Olçinellas de Sants, con controversias y anécdotas de todos los gustos hasta la extenuación, ya de buena mañana.

Aquellas conferencias fueron ciertamente legendarias. Los bajos del amplio local asociativo se ponía hasta la bandera con gente de todas las edades que jamás hasta entonces habían escuchado nada parecido, dicho con tanto conocimiento y con tanta elegancia. Para todos los que teníamos claro que había que huir de la pobre y oscura sexualidad de nuestros mayores, cada charla era el prólogo para desairar después interminables conversaciones sobre lo que era correcto o no era correcto. Por lo demás, en nuestro caso, en el de la LC, el asunto conectaba con historias de orgías fabulosas que se habían creído ver detrás de la edición de ‘El combate sexual de la juventud’, de Wilhem Reich, punto que he tratado en un artículo sobre éste último en Kaos. No obstante, Germán no se creía estas historias, y no cesaba de tratarnos como unos reprimidos, especialmente a mí, quizás porque tenía más confianza, y también porque tenía menos riesgo de error.

Además, todos eran amigos de Germán que no hay que decirlo, gozaba de un buen dominio sobre la cuestión, algo que se encargó de demostrar en sus sucesivas intervenciones. Las muy didácticas y rigurosas conferencias del colectivo Lambda fueron demoledoras con las creencias de la vieja guardia comunista educada en aquella moral estaliniana que no permitía ni un triste beso en las películas. Sánchez Laos, que aparecía como el más autorizado, y que reconocía valientemente su deuda cultural con un homosexual de su pueblo, llegó a argumentar que la sexualidad era una perversión fuera de las exigencias «naturales» de la procreación. Los jóvenes maoístas tampoco andaban mucho más allá. Lo primero era la revolución, popular claro, porque la proletaria quedaba para otra etapa.

En esto, la autoridad de los conferenciantes actuó como una proclamación ante una juventud radicalizada contra estas barbaridades. Cuando intervine diciendo que de existir alguna perversión, ésta no podía ser otra que la castidad, los charlistas también la rechazaron. No estaba descartado que ésta pudiera ser una expresión más de las infinitas respuestas humanas al sexo. Al final, el cursillo vino a ser el colofón de nuestras exigencias. Fue una victoria de Oscar Wilde sobre Stalin o al menos así lo entendimos los que creíamos haberla ganado. El estalinismo no era solamente conservador y uniformista, también era castrador.

(No puedo por menos que agradecer la idea de componer este artículo a una nota aparecida en otro anterior, ‘La estrella rosa bajo el franquismo’, que ironiza sobre el asunto cerrando los ojos lo que les sucedió a muchísimos homosexuales rusos ingresados en los campos de concentración estalinianos gracias al vulgar método de atribuir a los “enemigos” semejante acto de barbarie).

Recuerdo que la misma noche de ‘La balada de la cárcel de Reading’, nos congregamos una veintena de jóvenes en casa de los Pedra que estaban ausentes. Había una guitarra, y varias botellas de licores aunque no sabría decir de cuales porque a mí estas cosas ya no me iban. Se habló largo y tendido del acto, de lo que dijo tal o cual o de éste u otro momento, de lo impresionante que estuvo René, del montaje escueto eficaz de Germán, y por supuesto de cómo yo les había tomado el pelo a los “maos”, algunos de los cuales siguió la “juerga” con nosotros.

También en eso nos distinguíamos. Aquello se prolongó hasta que comenzaron a cantar los gallos del corral de un vecino mal encarado, y al final se habían dicho más cosas de la prevista. No sé a quien se le ocurrió hacer una “mesa redonda” en base a las cosas que Guerin atribuía al informe de Master y Johnson, a saber, quién entre los presentes podría precisar con claridad su orientación sexual. No sabría precisar porcentaje, pero creo que entre el ambiente y el alcohol surgió el reno de la sinceridad, y se dijeron muchas cosas que no se suelen decir en la vida. Si algo quedó claro es que ni a René ni a Germán le gustaban las mujeres, “dicho sea con todo respeto” precisó el primero. La única mujer de su vida era su santa madre que lo protegía de todo mal. Así quedaba también claro que lo que argumentaba la pobre Lola Peñalver, que Germán, su hijo, se “había torcido” por un desengaño amoroso, era pura fantasía materna.

La amistad entre Germán Pedra y un servidor se enfrió considerablemente con la política institucional. Después de haber participado como “simpatizante” más bien pasivo de mis aventuras trotskianas, emergió como uno de los notables que daban su apoyo a la creación del PSC-PSOE dentro del cual apareció como uno de los “hombre fuertes” en L’Hospitalet, sobre todo en la batalla por disputarle influencia al PSUC ya liderado por Joan Saura. Los encuentros se fueron haciendo cada vez más espaciados, y mientras él trataba de ponerme algún anzuelo, yo le trataba muy duramente. Le citaba ‘El Gatopardo’ para distinguir tres momentos en la historia socialista. La de los leones (Pablo Iglesias), la de los gatopardos (Largo Caballero), y el de las hienas (Felipe González), y decía esto último pidiéndole disculpas a las hienas.

En uno de nuestros últimos encuentros yo me sentía muy mal por sus relaciones con jóvenes árabes (algo que él adobaba citando el ‘Corydon’, de Gide), y sus entradas y salidas con ellos desde el coche oficial en la calle donde se había criado, y donde le votaban. Estábamos en medio de una cena, y aquella noche Ángel Colom presentaba un Informe Semanal a la mayor gloria de Juan Carlos I, como el Gary Cooper de la democracia… Mientras yo soltaba sapos y culebras, Germán presumía de la foto que había obtenido con su Majestad. Luego tardamos años en vernos, y por más que había una voluntad de mantener la amistad por encima de las diferencias, llegó la primera guerra del Golfo que nos situó en trincheras opuestas. No sin graves contradicciones íntimas, él se había apuntado nuevamente al carro de los vencedores y se había convertido –como Felipe, su maestro- en un liberal que se sigue llamando socialista por conveniencia, para mí el neoliberalismo era algo así como una variante ilustrada y poniente del fascismo, y en algunos casos, todavía más destructor.

El distanciamiento fue tal que casi le perdí la pista hasta que, casualmente, con ocasión de un encuentro de escritores en L´Hospitalet, Joan-Francecs Marcos, me contó que le quedaban pocos días. Estaba ingresado en la Cruz Roja de la ciudad, y su aspecto era más el propio de un superviviente de un campo de exterminio. Aquello me conmovió hasta las entretelas, y durante un par de horas hablamos de todo, todavía tenía ilusiones, estaba preparando un libro de poesía, me quiso convencer que Zapatero era un reformista de verdad, y quedamos para unos días después, pero ya no hubo ocasión.

(*) Lo fundamental de este trabajo está extraído de mi libro, ‘Memorias de un bolchevique andaluz’ (Ed. El Viejo Topo), seguramente el último libro que le regalaron a Germán Pedra en su vida, una vida en la que estos fueron siempre fundamentales.

(1) [¿?] Concretamente en el trabajo de Laurentino Vélez-Pellegrini, ‘Del radicalismo a la gran claudicación. El movimiento gai y lesbiano desde los 80 a nuestros días’, aparecido en la revista ‘El Viejo Topo’ en dos entregas y en la obra de Armand de Fluviá, ‘El moviment gai a la clandestinitat, 1970-1975' (Laertes, Barcelona, 2003).

1988/04/14

DOCUMENTACIÓN | TESTIMONIOS | DANIEL GUÉRIN, ESCRITOR, ANARQUISTA Y DEFENSOR DE LOS DERECHOS HOMOSEXUALES

Daniel Guérin, escritor.
El País, 1988-04-14

https://elpais.com/diario/1988/04/15/agenda/577058401_850215.html 

El escritor francés Daniel Guérin, militante anarquista y defensor de los derechos de los homosexuales, falleció anteayer en un hospital de París a los 83 años. Autor de más de 40 obras, la mayoría consagradas a la crítica del fascismo, a la Revolución Francesa y a la historia del movimiento obrero, escribió también su autobiografía titulada ‘El fuego de la sangre, una autobiografia política y carnal’. Su último libro, publicado en 1986, se titula ‘Por un marxismo literario’.

MIKEL/A, AQUÍ ESTAMOS Y NO NOS OCULTAMOS

Mikel/a enseña cacho en la 2ª Gayakanpada de EHGAM, 27-29 agosto 1993, Muxika // STARS COFLHEE es un trabajo realizado por Julen Zabala Alon...